La Fraternité Saint-Pie X ne sait-elle que critiquer ?

20 Juillet, 2019
Provenance: fsspx.news

Le dernier numéro de la Lettre à nos frères prêtres (n°82, juin 2019) que la Fraternité Saint-Pie X adresse trimestriellement au clergé de France, contient une réponse intéressante à une objection fréquente. En voici les extraits les plus significatifs.

Un lecteur désigné par ses initiales, le père R. H., écrit : « [La critique] est plus qu’une habitude chez la Fraternité Saint-Pie X, c’est la structure même de votre identité, sa façon de se légitimer qui en dépend (…). Le jour où vous ne trouverez plus rien à critiquer, il semble que vous n’aurez plus de raison d’exister. Peut-être pourriez-vous vous chercher une autre raison d’être ? ». 

La Lettre à nos frères prêtres lui répond : « Il s’agit là d’une réflexion facile, mais qui pourtant ne correspond aucunement à la réalité. (…)
La réalité est que : « la Fraternité Saint-Pie X est constituée de 650 prêtres, de 130 frères (religieux), de 80 oblates (religieuses), et elle est assistée par les 200 religieuses de la congrégation féminine associée, les “Sœurs de la Fraternité Saint-Pie X”. Tous ceux-là missionnent chaque jour auprès de centaines de milliers de fidèles à travers le monde, à partir des 180 maisons de la Fraternité, en exerçant cet apostolat dans soixante pays du monde. 
« On peut dire que 99% du temps des membres de la Fraternité Saint-Pie X est consacré aux œuvres de l’apostolat sacerdotal, comme prêcher et enseigner la foi (sermons, catéchismes), célébrer la liturgie et les sacrements, visiter les malades et les pauvres, aider les familles dans l’éducation de leurs enfants à travers un réseau d’écoles catholiques, et surtout (mission première de la congrégation) susciter les vocations et les former dans des séminaires (la Fraternité Saint-Pie X y accueille actuellement 200 séminaristes). 

« Que, lorsque la nécessité s’en présente, la Fraternité Saint-Pie X confesse publiquement la foi catholique à propos d’un texte ou d’un événement qui met cette foi en cause, comme y obligent le saint baptême et la confirmation, cela constitue certes une activité de la Fraternité Saint-Pie X, mais certainement pas son essence exclusive. »
Suivent deux arguments que nous reproduisons intégralement : 

- L’existence de la Fraternité Saint-Pie X n’est pas liée à la critique 

A ce propos, dans le numéro 74 de la Lettre à nos Frères prêtres (juin 2017) qui présentait succinctement la Fraternité Saint-Pie X, il était dit explicitement : « Il faut noter dès l’abord que les Statuts de la Fraternité Saint-Pie X ne font pas spécialement référence à une crise doctrinale ou liturgique, et ne contiennent pas de critique directe des erreurs contemporaines ou des pratiques déviantes. Chaque ligne des Statuts est orientée vers la sanctification des membres et, en conséquence, vers le rayonnement de leur apostolat ». 

Autrement dit, même si la crise dans l’Eglise cessait subitement, la Fraternité Saint-Pie X continuerait sans aucune difficulté son apostolat fondé sur ses Statuts. 
Sans vouloir nous comparer à ces prestigieuses congrégations, il est évident historiquement que les Dominicains ont été fondés pour lutter contre l’hérésie cathare, comme les Jésuites pour lutter contre l’hérésie protestante : cela ne les empêche pas, des siècles plus tard et dans un tout autre contexte, de continuer leur apostolat dans l’Eglise, car la critique du catharisme ou du protestantisme ne constitue nullement et exclusivement leur identité. 
De même, à son très modeste niveau, la Fraternité Saint-Pie X possède une identité de « société de vie apostolique » tout à fait indépendante de la crise actuelle dans l’Eglise. 

- La Fraternité Saint-Pie X seule à critiquer aujourd’hui ? 

Par ailleurs, le père R. H. omet de signaler, ce qui fait tout de même partie de l’état de la question, que la Fraternité Saint-Pie X est fort loin d’être la seule aujourd’hui, parmi les catholiques, qui émette des critiques sur les orientations actuelles de l’Eglise. Des laïcs, des prêtres, des groupes notables de théologiens et d’universitaires, des évêques, des cardinaux ont multiplié ces derniers temps des documents publics sur divers points importants de dogme et de morale. 
Signalons, parmi d’autres (tous ces documents peuvent facilement être trouvés sur internet) : 

- la demande par Mgr Schneider, alors évêque auxiliaire de Karaganda, lors d’une conférence théologique à Rome en décembre 2010, d’un nouveau Syllabus qui clarifierait certains passages ambigus du concile Vatican II et corrigerait des interprétations hétérodoxes qui en sont issues ; 
- la publication, le 29 août 2016, de la « Déclaration de fidélité à l’enseignement immuable et à la discipline ininterrompue de l’Eglise sur le mariage », signée notamment par les cardinaux Jānis Pujats, Carlo Caffarra, Raymond Leo Burke, par les évêques Athanasius Schneider, Andreas Laün, Juan Rodolfo Laise, Taras Senkiv, et par de nombreux ecclésiastiques et théologiens ; 
- les « Dubia » concernant Amoris lætitia remis au souverain pontife le 19 septembre 2016 par les cardinaux Walter Brandmüller, Raymond L. Burke, Carlo Caffarra et Joachim Meisner ; 
- la lettre au pape des mêmes cardinaux Brandmüller, Burke, Caffarra et Meisner du 25 avril 2017 ; 
- la « Correctio filialis » adressée au pape François le 11 août 2017 et signée par plus de 250 ecclésiastiques, universitaires et théologiens ; 
- la publication, le 31 décembre 2017, de la « Profession des vérités immuables sur le mariage sacramentel » par Mgr Tomash Peta, archevêque métropolite de l’archidiocèse de Sainte-Marie en Astana, Mgr Jan Pawel Lenga, archevêque-évêque de Karaganda et Mgr Athanasius Schneider, évêque auxiliaire de l’archidiocèse de Sainte-Marie en Astana, rejoints ensuite par le cardinal Jānis Pujats, archevêque émérite de Riga, Mgr Viganò, archevêque titulaire d’Ulpiana, Mgr Luigi Negri, ancien évêque de Ferrara, Mgr Andreas Laun, ancien évêque auxiliaire de Salzbourg, Mgr Marian Eleganti, évêque auxiliaire de Coire, Mgr René Gracida, évêque émérite de Corpus Christi et Mgr Elmar Fischer, évêque émérite de Feldkirch ; 
- la lettre publique de Mgr Carlo Maria Viganò, ancien nonce à Washington, datée du 26 août 2018, suivie d’une deuxième lettre datée du 29 septembre 2018 ; 
- le « Manifeste pour la foi » publié par le cardinal Ludwig Müller le 8 février 2019 ; 
- l’ouvrage du cardinal Robert Sarah, Le soir approche et déjà le jour baisse, publié chez Fayard le 20 mars 2019, lequel cardinal affirme dans un entretien du 5 avril à l’agence Imedia : « Il est vrai qu’actuellement la crise se situe au niveau de la tête [de l’Eglise]. Si nous ne sommes plus capables d’enseigner la doctrine, la morale, ou de donner l’exemple et d’être des modèles, alors la crise s’avère gravissime ». 
- la « Lettre ouverte aux évêques de l’Eglise catholique » signée par vingt universitaires et théologiens, et publiée le 29 avril 2019. Etc. 

Que tant de personnes différentes, qui ne sont nullement liées à la Fraternité Saint-Pie X, expriment aussi publiquement leurs critiques sur la situation doctrinale et morale actuelle de l’Eglise, cela ne constitue-t-il pas un de ces « signes des temps » dont on parlait volontiers dans les années 60 ? Et, comme le disait le concile Vatican II dans Gaudium et Spes 4, n’existe-t-il pas un « devoir, à tout instant, de scruter les signes des temps et de les interpréter à la lumière de l’Evangile » ? – Ce dernier argument est ad hominem… cum grano salis. (NDLR de DICI)

Il serait donc utile, sans du tout s’arrêter aux quelques critiques émises par la Fraternité Saint-Pie X, de s’interroger sur la signification de cette rafale de critiques venant de l’intérieur même de la structure ecclésiastique. Et de le faire honnêtement et courageusement, sans se transformer en autruche, ni répéter sur tous les tons que tout va pour le mieux aujourd’hui dans une Eglise en pleine expansion. 


Lettre à nos frères prêtres

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