La Passion de Jésus-Christ dans les psaumes (2)

11 Avril, 2020
Provenance: fsspx.news

Les souffrances morales de Notre-Seigneur

Nous avons évoqué les souffrances physiques et les souffrances spirituelles que Notre-Seigneur a endurées à l’agonie. Il faut encore ajouter les souffrances morales qu’il a subies. Parmi les souffrances les plus douloureuses de sa Passion, il faut nommer en premier lieu la trahison de Judas et l’abandon de ses amis. L’Église le souligne au cours de sa liturgie dans plusieurs répons de l’office des Ténèbres des Jeudi et Vendredi saints.

Les psaumes 40 et 54 dépeignent l’attitude d’Achitophel, conseiller de David, figure de Judas. Achitophel non seulement abandonne David, mais s’acharne à mort contre lui en devenant conseiller d’Absalon qui cherchait à prendre le pouvoir. Ses projets n’aboutissant pas, il finit par se pendre de désespoir comme le fera Judas. (2 R 12-17)

David décrit sa souffrance intérieure en apprenant qu’Achitophel l’a lâchement abandonné pour prendre le parti d’Absalon. En lisant ces versets, pensons à la douleur endurée par Notre-Seigneur en voyant Judas se rendre auprès du sanhédrin pour le livrer.

« Si mon ennemi m’avait maudit, je l’aurais supporté, et si celui qui me hait se dressait contre moi, je me cacherais devant lui, mais c’est toi qui vivais dans un même esprit avec moi, qui étais le chef de mon conseil, et dans mon étroite confidence. » (Ps 54, 12-13) Le psaume 40 donne d’autres précisions sur l’intimité que Judas avait avec Notre-Seigneur : « L’homme de ma paix en qui j’avais mis mon espérance, qui partageait ma nourriture, m’a grandement supplanté ». (Ps 40, 10) Notre-Seigneur avait mis son espérance en Judas en le choisissant comme Apôtre, en lui confiant l’administration de ses biens matériels et en lui permettant de partager ses repas. De plus, la veille de sa mort, il va désigner le traître par ce signe : « C’est celui à qui je présenterai du pain trempé. » (Jn 13, 26) 

En lisant ces versets, ayons à l’esprit également les souffrances que Notre-Seigneur a endurées en pensant aux infidélités d’hommes d’Église de notre siècle. Puisse cette Semaine sainte être l’occasion de beaux retours à Dieu de prêtres et de religieux infidèles. Et nous-mêmes, qui que nous soyons, prions Dieu de nous aider à conserver la fidélité à nos engagements.

Parmi les souffrances morales de Notre-Seigneur, il faut ajouter à la trahison de Judas l’abandon de ses amis. Le psaume 87 le mentionne. « Vous avez éloigné de moi ceux qui me connaissaient ; ils ont fait de moi l’objet de leur abomination. » (Ps 87, 9) Quelques versets plus loin, le Psalmiste reprend la même idée : « Vous avez éloigné de moi mes amis et mes proches ; mes intimes, à cause de ma misère. » (Ps 87, 19) D’après saint Robert Bellarmin, les amis en question, ce sont ceux qui l’ont entendu prêcher, mais ce sont surtout ses « Apôtres et notamment saint Pierre qui, sans avoir détesté Notre-Seigneur, parut tel par ses imprécations lancées contre lui ». 

Lorsque l’on souffre, on aime être compris, être soutenu, être épaulé. Or Notre-Seigneur n’a pas eu cette consolation. Les sentiments d’abandon et de déréliction sont tels en lui qu’il affirme : « J’ai espéré trouver quelqu’un qui soit compatissant, mais en vain, et quelqu’un qui me console, mais je n’en ai pas trouvé. » (Ps 68, 20) Saint Robert Bellarmin précise : « Il est vrai que saint Jean et la sainte Vierge s’approchèrent plus tard, mais leur présence au lieu de diminuer sa douleur l’augmentait. » 

Une des souffrances les plus douloureuses à l’approche de la mort, c’est la solitude. On meurt seul même lorsque l’on est accompagné. Puisse l’acceptation de cette solitude à nos derniers instants nous conduire à nous unir aux douleurs de Notre-Seigneur afin de mériter de le contempler, bien vite après notre dernier soupir, dans l’éternité bienheureuse du Ciel !
Un autre sentiment très humiliant enduré par Notre-Seigneur dans sa Passion est la honte. Le même psaume 68 le signale : « Vous connaissez les opprobres dont ils m’ont chargé, la confusion et la honte dont je suis couvert ». (Ps 68, 20) « Le Sauveur invoque Dieu comme témoin de sa Passion et surtout de sa partie la plus douloureuse, la honte, que les esprits nobles craignent plus que la souffrance corporelle. » (Saint Robert Bellarmin)

Le démon enlève à l’homme la honte qui lui est naturelle pour le conduire à violer la loi de Dieu, et une fois qu’il est tombé dans le péché mortel, il lui redonne cette honte dans le but de le museler au confessionnal de telle sorte que sa confession soit incomplète et donc sacrilège lorsqu’il s’agit de fautes graves. Aussi, comprenons cette stratégie du démon afin de ne pas tomber dans ses filets.

L’attitude de Notre-Seigneur au milieu de ses tourments

1. Le silence

« Comme un sourd, je n’entendais pas et, comme un muet, je n’ouvrais pas la bouche et je suis devenu comme un homme n’entendant pas, et n’ayant pas de réplique à la bouche. » (Ps 37, 14-5)

Notre-Seigneur dans sa Passion est identifié au pécheur. Or le pécheur n’a rien à répondre aux accusations perpétrées contre lui. Dans certaines circonstances, Notre-Seigneur se tait aussi parce qu’il voit la mauvaise foi de ceux qui l’accusent. Par ailleurs, son silence au cours de sa Passion est un silence de recueillement. Notre-Seigneur puise dans la prière la force dont il a besoin pour supporter tant d’outrages. 

2. La prière

Les psaumes 68 et 87 décrivent la prière de Notre-Seigneur durant sa Passion. Le psaume 21 le faisait déjà : « Mon Dieu, je crierai pendant le jour et vous ne m’exaucerez pas, et pendant la nuit, et on ne me l’imputera pas à folie. […] Nos pères ont espéré en vous ; ils ont espéré et vous les avez délivrés. Ils ont crié vers vous et ils ont été sauvés ; ils ont espéré en vous et ils n’ont point été confondus. » (Ps 21, 3 ; 5-6) « Seigneur, n’éloignez point votre assistance de moi ; appliquez vous à me défendre. Délivrez mon âme de l’épée, ô mon Dieu ; délivrez de la puissance du chien mon âme qui est tout à fait abandonnée. Sauvez-moi de la gueule du lion et des cornes des licornes dans cet état d’humiliations où je suis. » (Ps 21, 20-22)

Ici encore le Psalmiste use d’images pour évoquer le désir du Christ de vaincre la mort et son intention de ressusciter malgré les attaques de ses ennemis désignés sous la forme d’animaux féroces comme le lion et la licorne.

Dans le psaume 108, sont mises dans la bouche de Notre-Seigneur ces belles paroles : « Et vous, Seigneur, Seigneur, prenez ma défense pour la gloire de votre nom, parce que votre miséricorde est remplie de douceur. Secourez-moi, Seigneur, mon Dieu ; sauvez-moi par votre miséricorde. » (Ps 108, 20 et 25) Notre-Seigneur prie ici pour lui, mais aussi pour ceux qui, au cours des siècles, endureront la persécution pour leur foi.

Une grâce à demander à Notre-Seigneur est de saisir la place que la prière doit occuper dans notre vie chrétienne. Notre-Seigneur a prié toute sa vie, il a prié durant sa Passion et jusque sur la croix. Il est notre modèle. Il a dit à ses Apôtres au moment de son agonie : « Veillez et priez pour ne pas entrer en tentation. L’esprit est ardent mais la chair est faible. » (Mt 26, 41) L’esprit est ardent, cela veut dire que l’on est plein de bons désirs, mais la chair est faible. Alors que faire pour dompter la chair ? Veillez et priez : la vigilance, c’est la prudence et à cette prudence, nous devons joindre la prière.

L’attente de la résurrection

« Le Seigneur garde tous leurs os : et pas un seul ne sera brisé. » (Ps 33, 21) Ce verset annonce comment Notre-Seigneur dans sa Passion n’aura pas un seul os brisé. Il était figuré par l’agneau pascal, dont on ne devait briser aucun os (cf. Ex 12, 46).

« Vous n’abandonnerez pas mon âme au shéol, et vous ne permettrez pas que votre saint voie la corruption du tombeau. » Ps 15, 10 Ce verset a trait à l’absence de corruption du corps de Notre-Seigneur.

Le psaume 87 que nous avons déjà évoqué à plusieurs reprises donne encore une précision intéressante. Il dit que Notre-Seigneur sera « libre entre les morts ». (Ps 87, 6) Ceci signifie que Notre-Seigneur était capable de donner sa vie quand il voulait et capable de la reprendre. (cf. Jn 10, 18)

Les fruits de la Passion

1. La naissance de l’Église et la conversion de toutes les nations

« J’annoncerai votre nom à mes frères. Au milieu de l’Église, je vous louerai. […] Près de vous, ma louange dans une grande assemblée. […] Toutes les extrémités de la terre se souviendront et se convertiront au Seigneur ; toutes les familles des nations se prosterneront devant sa face. » (Ps 21, 23, 26 et 28) Il est très beau et très consolant de voir les fruits merveilleux de la Passion dépeints dans le psaume 21. Ce psaume qui débute par une désolation extrême, se termine par un magnifique cri de victoire. Non ! les épreuves endurées par Notre-Seigneur n’ont pas été vaines. Elles ont été à l’origine de l’Église, de la conversion des nations et du salut de beaucoup d’âmes.

Le psaume 2 n’avait-il pas mis sur les lèvres du Psalmiste cette parole de Dieu le Père à l’adresse de son Fils Bien-Aimé : « Demande-moi et je te donnerai les nations en héritage. » (Ps 2, 8)

2. L’Eucharistie

Un autre fruit de la Passion, c’est la sainte Eucharistie.

« Vous m’avez préparé une table, au nez de mes ennemis. » (Ps 22, 5) Saint Jean Chrysostome écrit : « Dans cette table se fait reconnaître l’autel où l’on consacre Notre-Seigneur. On y voit le pain et le vin, qui sont une image du corps et du sang de Notre-Seigneur. »

Le psaume 21 évoque aussi à deux reprises la sainte communion. Le Psalmiste dit : « Les pauvres mangeront et seront rassasiés, et ceux qui le cherchent loueront le Seigneur. » (Ps 21, 27) La condition pour recevoir Notre-Seigneur en nous dans la sainte Eucharistie, c’est d’avoir une âme de pauvre, c’est-à-dire d’avoir conscience que nous ne sommes rien par nous-mêmes et d’avoir soif de Dieu. En revanche, une fois consommée la sainte Eucharistie, nous devenons riches. Voilà pourquoi le Psalmiste ajoute : « Tous les puissants de la terre ont mangé et adoré ; tous ceux qui descendent dans la terre se prosterneront devant lui. » (Ps 21, 30) Eusèbe de Césarée commente ce verset en disant : « Tous les dimanches, on peut voir ceux qui ont communié s’incliner profondément pour vénérer celui qui leur fait don de l’aliment de vie et le leur dispense. Ils s’émerveillent des dons reçus. »

3. Le saint sacrifice de la messe

 « Que du levant au couchant, votre nom soit loué par toute la terre. » (Ps 112, 3) Saint Jean Chrysostome dit que David annonce ici l’établissement de l’Église qui n’est plus bornée à la Palestine, à la Judée, mais qui embrasse le monde entier. Malachie annoncera à son tour ce règne universel de l’Église en disant : « Depuis le lever du soleil jusqu’au couchant, mon nom est glorifié parmi les nations, et on lui offre en tout lieu un encens agréable et une oblation pure. » (Ml 1, 11) L’oblation pure, c’est la sainte victime offerte sur nos autels. Ainsi, le nom de Dieu est particulièrement glorifié par le saint sacrifice de la messe célébré aux quatre coins du monde.

Le grand mystère pour tous les hommes ici-bas est le mystère de la croix, qu’il s’agisse de la croix dans notre vie personnelle ou dans la vie de l’Église. Un des moyens pour ne pas nous scandaliser devant ce mystère consiste à contempler avec esprit de foi et dévotion Jésus-Christ dans sa Passion. 

Profitons de la lecture des psaumes qui nous dépeignent les principaux traits de la Passion de Notre-Seigneur pour nous familiariser avec ce mystère et pour y puiser les forces dont nous avons besoin pour faire face à nos épreuves. 

Que la vue de la fécondité de la croix nous encourage à l’accepter dans notre vie quotidienne, afin que nous puissions avoir part un jour à la gloire de la Résurrection de Notre-Seigneur qui vit et règne avec le Père et le Saint-Esprit pour les siècles des siècles. 

Abbé Patrick Troadec 

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