Le triomphe de Jésus-Christ dans les psaumes (1)

17 Avril, 2020
Provenance: fsspx.news

Certaines personnes pensent que les catholiques ont une religion doloriste, qui ne parlerait que de pénitence, de souffrances et de mort. C’est bien mal connaître notre sainte religion. S’il est vrai que l’Église met l’accent à certains moments sur l’abnégation, la douleur et la mort, c’est pour mieux faire ressortir ensuite la vie de la grâce, la félicité céleste, la gloire divine. Et si l’Église invite le catholique à mourir à Satan, au péché et au monde, c’est afin de lui permettre de vivre de la vie divine déposée en son âme le jour de son baptême. 

Aux disciples d’Emmaüs complètement abattus après la mort du Christ, le divin Maître fait ce doux reproche : « Ô hommes sans intelligence et dont le cœur est lent à croire tout ce qu’ont dit les prophètes ! Ne fallait-il pas que le Christ connût ces souffrances pour entrer dans sa gloire ? » (Lc 24, 25-26).  

Ainsi l’Église qui est notre Mère, après les quarante jours de pénitence du carême, nous invite-t-elle de Pâques à l’Ascension à passer ces quarante jours en compagnie de Jésus ressuscité. Le cierge pascal ainsi que l’eau baptismale symbolisent cette nouvelle vie du baptisé toute remplie de la charité du Christ. 

Puisque les psaumes présentent un portrait fidèle de Jésus-Christ, ils ne pouvaient manquer de dépeindre les fruits de sa mort douloureuse, à savoir l’accès de l’homme au salut par la grâce sanctifiante et la promesse de sa participation, s’il est fidèle, à la gloire de sa résurrection dans l’éternité bienheureuse. 

Le temps pascal étant la période liturgique la plus appropriée pour contempler les mystères glorieux du rosaire, profitons-en pour méditer les passages de psaumes qui traitent de la résurrection de Jésus, de son ascension, et du Ciel qu’il a préparé à ceux qui l’aiment. 

La résurrection de Notre-Seigneur 

Ceux qui ont eu la grâce d’accompagner en esprit, au cours de la Semaine sainte, Jésus-Christ dans sa Passion, ont eu le cœur déchiré de douleur en voyant comment a été traité le divin Sauveur durant les dernières heures de sa vie terrestre. Autant leur douleur a été poignante en contemplant Jésus souffrant, autant aujourd’hui leur joie est débordante en contemplant son triomphe éclatant au matin de Pâques. Le Psalmiste, en pensant au beau jour de la résurrection de Jésus, invitait à juste titre les fidèles à éprouver en eux une grande joie : « C’est ici, disait-il, le jour qu’a fait le Seigneur : réjouissons-nous y donc, et soyons pleins d’allégresse. » (Ps 117, 24) Puisque l’Église dans sa liturgie ne se contente pas de faire mémoire d’événements passés mais actualise ces événements en communiquant aux fidèles des grâces actuelles proportionnées, elle leur donne part aujourd’hui à la joie du Christ ressuscité, comme elle les avait fait participer à son immense douleur au cours de la Semaine sainte. Saint Paul disait : « Si le Christ n’est pas ressuscité, notre foi est vaine. » (1 Co 15, 14). Toute la foi catholique repose précisément sur sa résurrection. Plusieurs psaumes l’annonçaient déjà. 

La prière de Jésus en faveur de sa résurrection 

Au cours de sa Passion, Notre-Seigneur a prié son Père de le ressusciter comme l’indique saint Paul dans son épître aux Hébreux : « Alors qu’il vivait dans la chair, il offrit prières et supplications, accompagnées d’un grand cri et de larmes, à celui qui pouvait le sauver de la mort, et il fut exaucé pour sa piété. » (He 5, 7). Cette prière de Jésus fut prophétisée par le Psalmiste : « Pour moi, je suis pauvre et indigent : ô Dieu, secourez-moi. Vous êtes mon aide et mon libérateur ; Seigneur, ne tardez pas. » (Ps 69, 6) Le Christ se réfère ici à l’état où il se trouvait au temps de sa Passion en disant : Pour moi, je suis pauvre et indigent. Ces qualifications conviennent particulièrement à Jésus attaché nu sur la croix. Et s’il appelle son Père, Seigneur, c’est parce qu’il parle en tant qu’homme, forme sous laquelle il sera crucifié. Seigneur, ne tardez pas : c’est-à-dire ne tardez pas à me délivrer de tout mal par une prompte résurrection.  

Ce même psaume annonce le châtiment de ceux qui se rendront coupables de déicide : « Qu’ils soient confondus et couverts de honte, ceux qui cherchent à m’ôter la vie. » (Ps 69, 3) La résurrection de Jésus-Christ a couvert d’une grande confusion ses ennemis, qui croyaient l’avoir fait périr tout entier. Leur honte sera à son comble au dernier jour, à l’aspect redoutable de leur juge, qu’ils ont osé juger devant leur tribunal à l’aide de faux témoins. 

Le fait de la résurrection 

Plusieurs psaumes annoncent à la fois la mort de Jésus et sa résurrection. Le psaume 40 qui décrit le complot des ennemis de Notre-Seigneur contient ce verset : « Est-ce que celui qui dort ressuscitera ? » (Ps 40, 9) Dans la Sainte Écriture, la mort est souvent comparée à un sommeil. Celui qui dort désigne ici Notre-Seigneur. Ce verset signifie donc : « Est-ce que le Christ ressuscitera ? » Notre-Seigneur ayant fait part de sa résurrection, ses ennemis se demandent si elle aura bien lieu.  

Le psaume 3 que l’Église a choisi pour les matines de Pâques évoque la mort et la résurrection du Christ en ces termes : « Je me suis endormi, et j’ai été assoupi ; et ensuite je suis ressuscité parce que le Seigneur m’a pris sous sa protection. » (Ps 3, 5) Saint Robert Bellarmin commente : « Tout ceci convient à Notre-Seigneur : lui aussi peut dire j’ai dormi, c’est-à-dire je me suis couché sur la croix pour y mourir, comme on se met dans un lit pour y dormir. Il appelle sa mort un sommeil, parce qu’il lui était aussi facile de ressusciter que de sortir du sommeil ; j’ai ressuscité bientôt, sans aucun secours, par ma seule puissance infinie1. » 

La résurrection s’est produite à l’heure choisie par Dieu de toute éternité. Le psaume 138 faisant dialoguer Notre-Seigneur avec son Père contient ce verset : « Vous avez connu, [ô Père] ma mort et ma résurrection. » (Ps 138, 2) Ce passage regarde la prescience divine. Dieu de toute éternité connaît l’heure de la mort et de la résurrection de tous les humains et a fortiori celle de son Fils Bien-Aimé. Aussi est-ce avec raison, comme le fait remarquer saint Robert Bellarmin, que l’Église se sert de cette parole au jour de la résurrection du divin Sauveur. 

« Je suis ressuscité, et me voici avec vous. » (Ps 138, 18) Saint Augustin et saint Hilaire entendent ces paroles de la Résurrection du Christ, et l’Église, en conformité avec eux, les a placées à l’introït de la messe du jour de Pâques. La Tradition voit à travers la personne qui se trouve près de Notre-Seigneur sa sainte Mère. Il convenait éminemment que Notre-Dame qui fût si étroitement associée à notre salut, fût la première à bénéficier de la visite de son Fils ressuscité. La mélodie très douce qui accompagne ce verset à la messe grégorienne exprime merveilleusement le charme et la beauté indicibles de cette rencontre unique. 

La glorification du Christ 

En ressuscitant, le Christ a revêtu un corps glorieux, c’est-à-dire un corps qui n’est plus sujet à la souffrance ni à la mort. Saint Paul est allé jusqu’à parler d’un corps spirituel pour décrire la nature du corps glorieux. (1 Co 15, 44) Pour prouver sa résurrection, Notre-Seigneur est apparu à maintes reprises à ses Apôtres, aux saintes femmes qui l’avaient accompagné durant ses courses apostoliques, et à bien d’autres témoins jusqu’à sa montée au Ciel le jour de l’Ascension, quarante jours plus tard.  

David a évoqué les deux mystères de la Résurrection et de l’Ascension dans le psaume 109 que l’Église a choisi pour ouvrir les vêpres du dimanche. De tous les psaumes, c’est l’un des plus sublimes par son sujet. Il est entièrement prophétique, et les principales grandeurs du Christ, à savoir son éternité, son égalité avec son Père, son sacerdoce, son pouvoir de juger, et son règne éternel en constituent la matière. À la fin, le Psalmiste résume son itinéraire terrestre par ces mots : « Il boira de l’eau au torrent ; et c’est pour cela qu’il élèvera la tête. » (Ps 109, 7) L’Église, en empruntant un passage d’une épître de saint Paul, a résumé ainsi la vie de Jésus dans le Graduel du Jeudi saint : « Le Christ s’est humilié lui-même se faisant obéissant jusqu’à la mort et la mort de la croix ; c’est pourquoi Dieu l’a exalté, et lui a donné un nom qui est au-dessus de tout nom. » (Ph 2, 8-9) Le torrent est une image du caractère fugace des réalités temporelles et de la vaine agitation des hommes. Jésus a bu à ce torrent en portant les douleurs de notre mortalité, aussi est-ce à bon droit qu’après avoir assumé une si grande humiliation pour la gloire de son Père et le salut du genre humain, il put s’asseoir à la droite du Père éternel comme juge suprême des vivants et des morts.  

Dès le premier verset du psaume 109, le Psalmiste annonçait : « Le Seigneur dit à mon Seigneur siège à ma droite. » (Ps 109, 1) Le Seigneur, c’est Dieu le Père, dit à mon Seigneur, c’est-à-dire à son Fils, siège à ma droite. Dieu le Père demande donc à son Fils de siéger à sa droite. L’action de siéger est le caractère de l’autorité royale et le fait d’être à la droite désigne l’égalité. Jésus est donc égal à son Père. C’est bien ce que nous chantons dans le Credo : « Je crois en un seul Dieu le Père tout-puissant, […] en un seul Jésus-Christ son Fils unique, […] qui est monté aux cieux et est assis à la droite du Père. » 

En dehors du psaume 109, un autre psaume décrit encore plus précisément la montée de Jésus au Ciel en présence des anges. Pour permettre à Notre-Seigneur de franchir les portes du Ciel, le Psalmiste s’écrie en s’adressant aux anges : « Levez vos portes, ô princes, et vous, portes éternelles, levez-vous et ouvrez-vous afin de laisser entrer le roi de gloire. » (Ps 23, 7) Dans un langage poétique, David demande aux anges d’ouvrir les portes du Ciel pour y laisser entrer le Christ. Celui-ci est dénommé « roi de gloire » pour signifier qu’il est le roi de la Jérusalem céleste, région de lumière et de clarté éternelle. En découvrant sa majesté indicible, les anges sont remplis d’admiration au point qu’ils s’exclament : « Qui est ce roi de gloire ? » (Ps 23, 8) Et le prophète de répondre : « Le Seigneur qui est vraiment fort et puissant, le Seigneur qui est puissant dans les combats. » (Ps 23, 8) Oui, Notre-Seigneur, dans un combat gigantesque, a vaincu, dépouillé, enchaîné le prince des ténèbres.  

En route vers la patrie 

Notre-Seigneur est ressuscité dans le but de nous faire participer à sa gloire. Notre propre résurrection a déjà été inaugurée le jour de notre baptême et doit nous conduire à vivre, dès à présent, de ce qui fera notre bonheur au Ciel. Voilà pourquoi saint Paul disait aux Colossiens : « Si vous êtes ressuscités avec le Christ, cherchez les choses d’en haut ; goûtez les choses d’en haut, non celles de la terre. » (Col 3, 1)  

Le catholique fidèle a conscience qu’il est exilé, car la vie terrestre n’est pas la vraie vie. Voilà pourquoi il se considère comme un étranger sur cette terre. Son unique ambition est de s’avancer généreusement sur la voie étroite qui mène à la patrie céleste, en affirmant avec saint Paul : « Pour nous, notre cité se trouve dans les cieux, d’où nous attendons ardemment, comme sauveur, Notre-Seigneur Jésus-Christ, qui transformera notre corps de misère pour le conformer à son corps de gloire, avec cette force qu’il a de pouvoir se soumettre toutes choses. » (Ph 3, 20-21)  

Le Psalmiste avait déjà cette conception de la vie terrestre puisqu’il disait en s’adressant à Dieu : « Je suis un étranger sur la terre. » (Ps 118, 19) Je suis un étranger sur la terre : tel est le mot, telle est la devise de toute la famille des enfants de Dieu, des âmes chrétiennes et saintes, « qui usent de ce monde comme n’en usant pas. » (1 Co 7, 31) « Nous sommes ici-bas des étrangers. » Bossuet partant de cette considération a de très belles réflexions sur les moyens à prendre pour rendre la vie terrestre plus supportable : « Ce qui adoucit les ennuis et les incommodités de notre exil, dit-il, ce sont les lettres que nous recevons de notre bienheureuse patrie. Vous entendez bien que c’est du Ciel que je parle. Ces lettres, ce sont les Écritures divines, que notre Père céleste nous adresse par le ministère de ses saints prophètes et de ses Apôtres, et même par son cher Fils, qu’il a envoyé sur la terre pour nous apporter ici-bas des nouvelles de notre pays, et nous donner l’espérance d’un prompt et heureux retour2. » 

Portant déjà un regard vers le Ciel, le Psalmiste contemplant les saints du paradis, disait : « Les hommes justes attendent que vous me rendiez, [Seigneur], votre faveur. » (Ps 141, 8) Les justes déjà couronnés dans la gloire du Ciel attendent les justes de la terre, afin de consommer l’édifice de la sainte Jérusalem et de former cette Église éternelle « des premiers-nés qui sont inscrits dans les cieux. » (He 12, 23) 

Abbé Patrick Troadec 

A suivre 

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